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Dictionnaire des Traditions Bouddhiques

MAHĀYĀNA

⼤乘 · ⼤乗 · 대승 · Đại thừa · theg chen — « le Grand Véhicule »

⼤乘 · ⼤乗 · 대승 · Đại thừa · theg chen — « le Grand Véhicule »

Repères Fondamentaux

Fiche de Synthèse Doctrinale

NATURE
Ensemble de courants et de traditions du bouddhisme
TEXTES MAJEURS
Prajñāpā ramitā · Sūtra du Lotus · Avataṃsaka · Vimalakīrti · Sukhāvatī vyūha
ORIGINE
ET FORMATION
PRATIQUES
ET TEXTES
Transmission & Filiation
MAHĀYĀNA
⼤乘 · ⼤乗 · 대승 · Đại thừa · theg chen
—
« le Grand Véhicule »

Le Mahāyāna est l’un des grands ensembles du bouddhisme. Apparu dans le monde indien au cours des premiers siècles de notre ère, il ne constitue pas une Église unique ni une école fondée par un maître, mais une vaste famille de courants réunis par l’idéal du bodhisattva, une littérature de sūtras et de nouvelles conceptions de l’éveil. Il a durablement façonné le bouddhisme de l’Asie centrale, de la Chine, du Tibet, de la Corée, du Japon et du Vietnam.

AIRE HISTORIQUE Inde · Asie centrale · Chine · Tibet · Corée · Japon · Vietnam

PÉRIODE Premiers siècles de notre ère à aujourd’hui

LANGUES SOURCES Sanskrit (classique et hybride bouddhique) · gāndhārī · prā krits

IDÉAL CENTRAL Le bodhisattva

NOTIONS CLÉS Bodhicitta · śūnyatā · pāramitā · nature de bouddha TRADITIONS ISSUES Chan-Zen · Terre Pure · Tiantai-Tendai · Huayan-Kegon · Shingon · Nichiren · Seon · Thi ề n SITUATION ACTUELLE Présent dans toute l’Asie et, depuis l’époque moderne, à l’échelle mondiale

UNE FAMILLE, NON UNE ÉCOLE UNIQUE

Le mot Mahāyāna — « Grand Véhicule » — ne désigne ni une institution centrale ni une lignée unique. Il rassemble des courants apparus dans le monde indien, puis profondément transformés selon les régions qui les ont reçus.

Leur unité tient à un ensemble de textes, d’idéaux et de conceptions de la voie, au premier rang desquels la vocation du bodhisattva et la visée de l’éveil pour tous les êtres.

Le terme de « Grand Véhicule » est lui-même une désignation traditionnelle : il ne doit pas être compris comme un jugement porté sur les autres voies du bouddhisme.

Transmission & Filiation
MAHĀYĀNA
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LES ENSEIGNEMENTS

Le Mahāyāna se forme progressivement, sans date de naissance ni lieu fondateur uniques. Les recherches situent l’apparition de ses premiers textes entre le dernier siècle avant notre ère et les premiers siècles de notre ère, dans un monde bouddhique déjà diversifié. Des communautés monastiques et des milieux lettrés participent à la circulation de nouvelles écritures, de nouvelles pratiques et de nouvelles lectures de la voie. Les régions du Gandhāra, du nord-ouest de l’Inde et de l’Inde centrale comptent parmi ses foyers anciens.

L’histoire du Mahāyānan’est pas celle d’un remplacement du bouddhisme ancien : les courants mahāyāna coexistent longtemps avec les écoles antérieures, dans les mêmes monastères et les mêmes réseaux de pèlerinage.

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L’IDÉAL DU BODHISATTVA

Le Mahāyāna donne une place centrale au bodhisattva : celui qui oriente sa pratique non vers sa seule délivrance, mais vers l’éveil complet au bénéfice de tous les êtres. Cette orientation s’exprime par la bodhicitta, l’esprit ou l’aspiration d’éveil, qui soutient la voie tout entière. L’idéal du bodhisattva n’est pas absent du bouddhisme ancien, mais il devient dans le Mahāyāna la voie par excellence.

LES PĀRAMITĀ, OU PERFECTIONS

La voie est souvent décrite comme la culture progressive des pāramitā. Six sont fréquemment énumérées : la générosité (dāna), la discipline éthique (śī la), la patience (kṣānti), l’énergie (vīrya), la méditation (dhyāna) et la sagesse (prajñā). Certains textes en comptent davantage. L’essentiel n’est pas l’accumulation de qualités, mais leur transformation en une sagesse et une compassion orientées vers la bouddhéité.

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LA VACUITÉ ET LA SAGESSE

Dans la littérature de la Prajñāpā ramitā, la sagesse est liée à la compréhension de laśū nyatā, la vacuité : les phénomènes n’ont pas d’existence indépendante, fixe et séparée. Cette analyse ne nie pas le monde ; elle défait l’attachement aux identités et aux catégories que l’esprit prend pour définitives.

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MADHYAMAKA · LA VOIE DU MILIEU

Associée à Nāgā rjuna, l’école Madhyamaka développe la vacuité en critiquant toute position d’existence ou de non-existence absolues.

La réalité est comprise comme dépendante et sans essence propre.

YOGĀCĀRA · LA CONSCIENCE SEULE

Associée à Asaṅga et Vasubandhu, l’école Yogācāra explore les mécanismes de la conscience et de la perception. Elle connaîtra une grande influence en Chine, au Tibet et en Asie orientale.

LA NATURE DE BOUDDHA ET LES CORPS DU BOUDDHA

Plusieurs courants développent l’idée d’une nature de bouddha (tathā gatagarbha) présente en tous les êtres, qui rend l’éveil possible. Parallèlement, la pensée mahāyāna distingue souvent plusieurs « corps » du Bouddha : le corps de loi (dharmakāya), le corps de jouissance (saṃ bhogakā ya) et le corps d’apparition (nirmāṇakāya).

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LES MOYENS HABILES

La notion d’upāya, les « moyens habiles », permet d’adapter l’enseignement à la capacité des êtres. Elle justifie une grande diversité de pratiques et de formulations, et explique pour une part la plasticité du Mahāyāna selon les cultures.

Transmission & Filiation
MAHĀYĀNA
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LES PRATIQUES

Les pratiques mahāyāna varient fortement selon les traditions et les régions, mais plusieurs orientations reviennent : la formation de la bodhicitta, les vœux du bodhisattva, la culture des pāramitā, la méditation et l’étude. À ces pratiques s’ajoutent des formes de dévotion, de récitation et de rituel.

Vœux et compassion. Le pratiquant peut formuler les vœux du bodhisattva, s’engageant à œuvrer pour l’éveil de tous les êtres.

Méditation et étude. Śamatha et vipaśyanā, contemplation, étude des sūtras et des traités tiennent une place majeure, notamment dans les traditions lettrées.

Dévotion et récitation. La récitation de noms de bouddhas et de bodhisattvas, de formules ou de sūtras structure la piété de nombreuses traditions, en particulier la Terre Pure et le bouddhisme tantrique.

Transfert de mérite. Les mérites accumulés peuvent être orientés vers l’éveil de tous les êtres, expression concrète de la compassion.

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LES GRANDS TEXTES

Le Mahāyānaa produit une littérature considérable, conservée en sanskrit, mais aussi dans les canons chinois et tibétain et dans des manuscrits d’Asie centrale. Tous ces textes ne sont pas vénérés de la même manière selon les écoles.

SŪTRAS

Prajñāpā ramitā
—
vaste famille de sūtras, dont le Sūtra du Cœur

et le Sūtra du Diamant.

Saddharmapuṇḍarīka
—
le Sūtra du Lotus, central pour le Tiantai

et le Tendai.

Avataṃsaka
—
le Sūtra de la guirlande, fondement du Huayan et

du Kegon.

Vimalakī rtinirdeś a
—
enseignement célèbre sur la non-dualité.
Sukhāvatī vyūha
—
sūtras de la Terre Pure d’Amitābha.
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TRAITÉS ET COMMENTAIRES

Madhyamakakārikā
—
Nāgā rjuna, texte fondateur du

Madhyamaka.

Yogācā rabhūmi
—
vaste somme du Yogācāra.
Mahāyā nasūtrā laṃkāra
—
traité majeur de la tradition yogācāra.
Bodhicaryāvatāra
—
Śāntideva, classique de la voie du

bodhisattva.

LES CANONS ET LES LANGUES DU MAHĀYĀNA

Les textes mahāyāna ont été transmis dans plusieurs grands ensembles : des collections sanskrites, souvent fragmentaires, puis les canons chinois et tibétain. Le canon chinois conserve un très grand nombre de traductions ; le canon tibétain, formé de recueils de traductions et de commentaires, constitue l’une des plus vastes bibliothèques bouddhiques. Cette histoire montre le rôle décisif des langues de traduction dans la vie du Mahāyāna.

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REPÈRES CHRONOLOGIQUES · DATES APPROXIMATIVES

Ier s. av. – Ier s. apr. J.-C. — apparition des premiers textes mahāyāna (datation discutée).

  1. IIe–IIIe s. — Nāgā rjuna et le développement du Madhyamaka.
  2. IVe–Ve s. — Asaṅga et Vasubandhu, essor du Yogācāra ; traductions de Kumārajīva (344–413).
  3. VIIe s. — Xuanzang (602–664) et les grandes traductions chinoises.
  4. VIIe–IXe s. — transmissions vers le Tibet et formation des canons.
Transmission & Filiation
MAHĀYĀNA

LE GRAND VOYAGE · FIGURES · LANGUES

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LE GRAND VOYAGE

Depuis l’Inde, le Mahāyāna se transmet par les routes d’Asie centrale, où ses textes sont traduits et recopiés en khotanais, sogdien, tokharien ou tangoute. La Chine devient un foyer majeur de traduction et de création doctrinale ; de là, l’enseignement gagne la péninsule coréenne, l’archipel japonais et le Vietnam. Le Tibet reçoit à son tour les textes indiens, notamment du VIIe au IXe siècle, et élabore un canon propre. La Mongolie et d’autres espaces d’Asie centrale et du Nord s’inscrivent dans ces transmissions.

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FIGURES ET TRANSMISSIONS

Inde. Nāgā rjuna etĀ ryadeva pour le Madhyamaka ; Asaṅga et Vasubandhu pour le Yogācāra ; Dignāga et Dharmakīrti pour la logique ; Śāntideva pour la voie du bodhisattva.

Asie centrale et Chine. Des traducteurs comme Kumārajīva puis Xuanzang jouent un rôle décisif dans le passage des textes vers le chinois.

Les grandes synthèses chinoises donneront naissance au Tiantai, au Huayan, au Chan et à la Terre Pure.

Corée, Japon, Vietnam. Le Seon, le Zen, le Tendai, le Shingon ou le Thi ề n prolongent et réinterprètent cet héritage selon leurs institutions et leurs cultures.

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LANGUES ET ÉCRITURES

Le Mahāyāna est passé d’un monde linguistique à l’autre. Ses textes sont d’abord transmis en sanskrit — classique et hybride bouddhique —, en gāndhārī et dans d’autres prā krits, puis traduits en chinois classique, en tibétain classique et, par relais, en coréen, japonais, vietnamien, mongol et ouïghour ancien.

Cette transmission engage des écritures multiples : brāhmī et kharoṣṭhī dans le monde indien et gāndhārien, siddhaṃ pour certains mantras et textes rituels, devanāgarī, caractères chinois et écriture tibétaine. La distinction entre langue, écriture et transmission reste ici fondamentale.

Transmission & Filiation
MAHĀYĀNA

RELATIONS · VOCABULAIRE · À RETENIR

RELATIONS AVEC LES AUTRES TRADITIONS

Avec le bouddhisme ancien et les écoles. Le Mahāyānan’efface pas les courants antérieurs : il se développe à leurs côtés et en dialogue avec eux. Certaines notions lui sont communes ; d’autres, comme la voie du bodhisattva, y prennent une importance nouvelle.

Avec le Theravāda. Le Theravādas’appuie sur le canon en pāli et sur une histoire propre, principalement en Asie du Sud et du Sud-Est. Il constitue une grande tradition distincte, à ne pas confondre avec le Mahāyāna.

Avec le Vajrayāna. Les traditions tantriques se développent dans un environnement marqué par les doctrines mahāyāna et en partagent souvent les fondements. Elles gardent toutefois leurs textes, leurs initiations et leurs lignées propres, et ne se réduisent pas à une sous- catégorie du Mahāyāna.

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VOCABULAIRE À CONNAÎTRE

Mahāyāna
—
« Grand Véhicule ».
Bodhisattva
—
être orienté vers l’éveil de tous.
Bodhicitta
—
aspiration d’éveil.
Pāramitā
—
perfection de la voie.
Śūnyatā
—
vacuité.
Prajñāpā ramitā
—
perfection de sagesse.
Upāya
—
moyens habiles.
Tathā gatagarbha
—
nature de bouddha.
Trikāya
—
les corps du Bouddha.
Sūtra
—
texte d’enseignement.
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À RETENIR

Le Mahāyānan’est pas une école unique, mais une grande famille de traditions unies par l’idéal du bodhisattva, une vaste littérature de sūtras et de nouvelles conceptions de l’éveil. Né dans le monde indien, il s’est transformé à chaque étape de sa transmission pour donner naissance à des traditions aussi diverses que le Chan, la Terre Pure, le Tiantai, le Huayan, le Shingon ou le Zen.

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MOTS ASSOCIÉS

Bodhisattvabodhicittapāramitāśūnyatāprajñāpā ramitāupāyatathā gatagarbhatrikāyaMadhyamakaYogācāraNāgā rjunaSūtra du LotusAvataṃsakaTerre PureChanZenTiantaiTendaiHuayanShingonVajrayānabouddhisme chinoisbouddhisme tibétain
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RENVOIS DANS LE DICTIONNAIRE

BODHISATTVABODHICITTAŚŪNYATĀPRAJÑĀPĀ RAMITĀMADHYAMAKAYOGĀCĀRANĀGĀ RJUNASŪTRA DU

LOTUS · AVATAṂSAKA · TERRE PURE · CHAN · ZEN · TIANTAI · TENDAI · HUAYAN · KEGON · SHINGON · NICHIREN · SEON · THI Ề N · VAJRAYĀNA · THERAVĀDA · BOUDDHISME CHINOIS · BOUDDHISME TIBÉTAIN.

Aliénor & Alain Delaporte-Digard