Dōgen (道元, 1200-1253) : Le Maître de la Présence
« Lorsque nous cessons de courir après la vie, nous découvrons qu'elle était déjà là, entièrement présente, dans chaque respiration. » — Le fondateur du Soto Zen
LES HÉRITAGES VIVANTS
Dōgen (道元, 1200-1253)
Le maître de la présence
« Lorsque nous cessons de courir après la vie, nous découvrons qu'elle était déjà là, entièrement présente, dans chaque respiration. »
Le fondateur du Soto Zen
Il est des êtres qui consacrent leur existence à chercher la vérité au-delà des montagnes. Et il en est d'autres qui découvrent que la vérité ne les attendait ni au sommet des montagnes ni au bout des voyages. Elle les attendait dans l'instant présent. Dōgen appartient à cette seconde famille.
Né à Kyoto en 1200, dans une famille de haute noblesse, il connut très tôt ce que beaucoup d'enfants ne découvrent qu'à l'âge adulte : la fragilité de toute existence. Il perdit sa mère alors qu'il était encore très jeune. Les chroniques rapportent qu'en voyant la fumée de l'encens s'élever pendant les cérémonies funéraires, il fut profondément marqué par l'impermanence. Tout passe, que ce soient les êtres aimés, les saisons bien sûr, les royaumes et la jeunesse. Mêmes les peines finissent par disparaître d'une manière ou d'une autre, les joies aussi. Cette expérience ne le plongea pas dans le désespoir. Elle fit naître en lui une immense question :
Comment vivre pleinement dans un monde où tout change ?
Très jeune, il entra dans la vie monastique. Il étudia les grands textes de l'école Tendai, l'une des plus importantes traditions du Japon médiéval. Il apprit les doctrines avec ses commentaires et ses rituels. Mais une interrogation ne cessait de grandir : *Si tous les êtres possèdent déjà la nature de Bouddha, pourquoi faut-il encore pratiquer ?* Cette question devint le fil conducteur de sa vie.
Ne trouvant pas au Japon la réponse qui le satisfaisait pleinement, Dōgen entreprit un voyage vers la Chine, un voyage ressemblant à celui de tant d'autres chercheurs de vérité. Quitter ce que l'on connaît. Traverser les incertitudes et accepter de devenir étranger.
Après plusieurs années d'étude, il rencontra le maître Rujing, dont l'enseignement allait bouleverser toute son existence. Un matin, pendant une séance de méditation, Rujing rappela avec fermeté à un moine distrait que la pratique exigeait un abandon total de l'attachement. Ces paroles traversèrent Dōgen comme un éclair. Il comprit que la méditation n'était pas un moyen d'obtenir l'Éveil. Elle était déjà l'expression de l'Éveil. Il parlera plus tard de « l'abandon du corps et de l'esprit » (*shinjin datsuraku*), non pour fuir le monde, mais pour cesser de vivre prisonnier des illusions que nous fabriquons sans cesse.
À son retour au Japon, Dōgen fonda ce qui deviendra l'école Sōtō Zen. Pourtant, il ne chercha jamais à impressionner par des discours extraordinaires. Il parlait du riz que l'on prépare, du balai que l'on tient, de la cuisine du monastère, du soin apporté aux vêtements et aussi au silence de la méditation. Il rappelait que l'on ne devient pas Bouddha après avoir parfaitement vécu. On apprend à vivre en étant pleinement présent.
Dans ses écrits, notamment le *Shōbōgenzō*, il explore avec une profondeur remarquable la nature du temps, de l'existence et de la pratique. Mais son enseignement ne peut être réduit à une philosophie. Il existe une manière de respirer, celle de marcher ou de regarder un arbre, un nuage ou une tasse de thé sans vouloir immédiatement les nommer, les comparer ou les posséder.
Pour Dōgen, chaque instant contient déjà la totalité de la vie. Lorsque nous mangeons, nous mangeons. Et si nous marchons, nous marchons. Lorsque nous écoutons quelqu'un, nous sommes entièrement présents à cette personne. Il ne s'agit pas d'une technique, mais d'une qualité de présence. Cette simplicité est peut-être ce qu'il y a de plus exigeant. Notre époque nous invite sans cesse à être ailleurs, à penser au lendemain pendant que nous vivons aujourd'hui, à consulter des écrans pendant que quelqu'un nous parle ou à courir vers l'instant suivant sans habiter celui qui nous est offert.
Dōgen nous invite probablement à ralentir, non pour perdre du temps, mais pour retrouver le seul lieu où la vie se déroule réellement : le présent.
Il ne promettait pas une existence sans difficultés. Il proposait une existence sans distraction intérieure, où chaque geste retrouve sa profondeur parce qu'il est entièrement vécu.
Lorsque le visiteur pénètre aujourd'hui dans un monastère de la tradition Sōtō, il peut être surpris par la simplicité des lieux. Cette simplicité n'est pas un dépouillement esthétique. Elle représente un enseignement silencieux et rappelle que rien ne manque à celui qui habite pleinement ce qu'il est en train de vivre. Peut-être est-ce là le plus grand héritage de Dōgen : nous apprendre que la présence n'est pas un exercice supplémentaire dans une journée déjà trop remplie, mais plutôt une manière éveillée chaque journée de suivre son chemin.
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UNE PRATIQUE INSPIRÉE DE DŌGEN
L'entraînement de l'instant unique
« Cet instant ne reviendra jamais.
C'est précisément pour cela qu'il mérite toute votre présence. »
Choisissez une activité quotidienne : boire une tasse de thé, marcher paisiblement, écrire une histoire, préparer un repas ou écouter une personne.
Pendant dix minutes, faites une seule chose.
Ne cherchez pas à aller plus vite. Ne préparez pas mentalement ce qui viendra ensuite. Lorsque votre esprit s'éloigne, ramenez-le doucement vers ce que vos mains accomplissent, vers votre respiration, vers les sons qui vous entourent. Ne vous jugez pas. Revenez simplement. Encore et encore.
À la fin de ces dix minutes, demandez-vous :
*Ai-je vraiment vécu cet instant, ou étais-je déjà ailleurs ?*
Répétez cet exercice chaque jour. Vous découvrirez peu à peu que la présence n'est pas une performance, mais un retour toujours possible, toujours humble et nouveau.
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CE QUE DŌGEN NOUS TRANSMET
Dōgen ne nous demande pas d'ajouter une pratique à notre vie. Il nous invite à transformer notre manière de vivre ce qui est déjà là : chaque respiration et rencontre, chaque repas ou chaque silence.
Dans un monde qui valorise l'accumulation, il nous rappelle la profondeur de la simplicité. Dans le même monde en pleine accélération, il nous enseigne la patience et nous offre la possibilité de revenir, sans cesse, à l'unique endroit où la vie peut être rencontrée. Ici et maintenant.
C'est peut-être cela, la présence. Non pas retenir le temps, mais lui offrir toute notre disponibilité.
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*aliénor & alain*
*buddhachannel*