buddhachannel Les traditions bouddhiques du monde

Bienveillance — Mettā • Maitrī

Sanskrit Maitrī
Pāli Mettā
Référentiel Alain & Aliénor Delaporte-Digard

La bienveillance paraît simple : souhaiter qu’un être soit heureux et qu’il rencontre les conditions du bonheur. Pourtant, cette simplicité touche au cœur de la pratique bouddhique. METTĀ en pāli, MAITRĪ en sanskrit, ne désigne ni une gentillesse de façade ni l’obligation d’aimer tout le monde de la même manière. La bienveillance est une orientation cultivée de l’esprit : ne pas souhaiter le mal, ne pas nourrir volontairement l’hostilité, apprendre à regarder un être sans le réduire à ce qui nous plaît ou nous déplaît en lui. Elle commence parfois très près de nous, puis élargit progressivement son horizon jusqu’à devenir sans mesure.

PDF Officiel

Introduction & Étymologie

Le pāli mettā et le sanskrit maitrī sont liés au champ de l’amitié et de l’attitude amicale. Maitrī est formé sur mitra, « ami »; mettā en est la forme pālie correspondante. Les traductions françaises varient : bienveillance, amour bienveillant, amitié, bonté aimante. Aucune ne rend parfaitement le terme. « Amour » peut évoquer attachement ou passion;

« gentillesse » peut sembler trop faible. La bienveillance bouddhique est plus précise :

souhaiter le bien-être des êtres sans chercher à les posséder. Dans le Theravāda, mettā est l’un des quatre brahmavihāra avec karuṇā, muditā et upekkhā. Dans le Mahāyāna, maitrī s’unit à karuṇā et à Bodhicitta. Dans le Vajrayāna, elle demeure une base essentielle de la motivation et de la relation aux êtres.

Dans La Vie Quotidienne

La bienveillance peut commencer avant même une parole. Dans une file d’attente, au travail, dans une famille ou dans la rue, nous pouvons regarder une personne et nous rappeler : « elle souhaite elle aussi être heureuse; elle rencontre elle aussi des difficultés que je ne connais pas ». Cela ne crée pas nécessairement une émotion spectaculaire. Mais le regard change légèrement. Dans un conflit, mettā peut prendre une forme minimale et exigeante : ne pas souhaiter la destruction de l’autre. Avec un proche, elle peut consister à écouter sans immédiatement corriger. Avec soi-même, elle peut signifier cesser d’utiliser l’humiliation comme méthode de transformation.

Bienveillance Et Le Vivant

La pratique de mettā peut s’étendre à tous les êtres sensibles. Le Karaṇīya Mettā Sutta évoque les êtres faibles ou forts, grands ou petits, visibles ou invisibles, proches ou lointains, nés ou à naître. Cette ampleur invite aujourd’hui à regarder autrement notre relation aux animaux et aux formes de vie dont notre existence dépend. Il ne faut pas transformer ce texte ancien en manifeste écologique moderne. Mais son mouvement d’élargissement peut nourrir une éthique contemporaine : réduire la nuisance, respecter davantage les êtres et ne pas limiter notre sollicitude à ceux qui nous ressemblent.

Images Et Symboles Associés

Mettā n’a pas un symbole bouddhique universel exclusif. Dans l’iconographie, Maitreya - dont le nom est apparenté à maitrī - peut évoquer l’amitié bienveillante, mais il ne faut pas identifier simplement le Bodhisattva Maitreya à la pratique de mettā. Pour Buddhachannel, un visage apaisé, deux personnes se rencontrant sans domination ou un cercle qui s’élargit peuvent devenir des images contemporaines de la bienveillance, clairement présentées comme telles.

Citation

« Que tous les êtres soient heureux et en sécurité; que leur cœur connaisse le bien-être. »

Karaṇīya Mettā Sutta, Sutta Nipāta 1.8, traduction française adaptée du sens.

Buddhachannel Pratique — Dans Le Monde D'aujourd'hui

Choisissez d’abord une personne envers laquelle la bienveillance est relativement facile. Pensez simplement : « Puisse cette personne être en sécurité. Puisse-t-elle rencontrer les conditions du bonheur. » Puis choisissez une personne que vous connaissez peu. Enfin, si cela reste supportable, pensez à une personne avec laquelle existe une difficulté légère. Ne forcez aucune chaleur émotionnelle. Cherchez seulement à ne pas nourrir volontairement la malveillance. Cette pratique Buddhachannel s’inspire de la culture traditionnelle de mettā sans prétendre remplacer les méthodes transmises dans les écoles.

UNE PERSONNE NEUTRE

Nous traversons chaque jour la vie de personnes que nous ne voyons presque plus : livreur, voisin, employé, conducteur, personne croisée dans la rue. Une fois par jour, rendez mentalement à l’une d’elles son humanité : « cette personne possède elle aussi une histoire, des attachements, des peurs et un désir de bonheur ». Aucun geste spectaculaire n’est nécessaire. LA PERSONNE DIFFICILE - NE PAS COMMENCER PAR L’IMPOSSIBLE Il n’est pas nécessaire de commencer mettā avec la personne qui vous a le plus profondément blessé. Une pratique trop difficile peut devenir violence envers soi-même. Commencez par une irritation modérée. La phrase minimale peut être : « Je ne souhaite pas ajouter de souffrance. » Le pardon, la réconciliation et la reprise de relation sont d’autres questions; mettā ne les impose pas.

BIENVEILLANCE ENVERS SOI

Se souhaiter du bien n’est pas déclarer que tout ce que nous faisons est juste. Une bienveillance envers soi peut précisément permettre de reconnaître une erreur sans se réduire à elle. Demandez : « Si l’humiliation n’était pas mon outil, comment pourrais-je corriger ce comportement ? »

Conclusion

La bienveillance ne nous demande pas d’aimer artificiellement tout le monde. Elle nous apprend quelque chose de plus humble et peut-être plus profond : ne pas faire de l’hostilité notre demeure. Souhaiter le bien d’un proche est naturel. Étendre ce souhait à l’inconnu élargit déjà notre monde. Ne pas souhaiter le mal de celui qui nous irrite transforme notre liberté intérieure. Et lorsque la relation est dangereuse, mettā peut subsister à distance, sans réconciliation forcée. Peu à peu, la pratique desserre les frontières entre ceux qui mériteraient notre sollicitude et ceux que nous préférerions oublier. Elle ne supprime pas le discernement. Elle change la direction du cœur. Souhaiter le bien. Sans posséder. Sans obliger. Sans se nier. Ne pas nourrir inutilement l’hostilité. Respecter les limites. Élargir peu à peu le cercle. Puis rencontrer chaque être avec cette possibilité silencieuse :

« Puisse ta vie rencontrer les conditions du bonheur. »

BUDDHACHANNEL ENCYCLOPÉDIE

Aliénor & Alain Delaporte-Digard Passeurs de savoirs

PROLONGEZ PAR LA PRATIQUE

7 jours pour découvrir Samatha →

DEVENEZ VOYAGEUR DU DHARMA

Découvrez • rencontrez • pratiquez dans les lieux et les communautés du monde.

→ EXPLORER BUDDHACHANNEL EARTH

Buddhachannel Encyclopédie → comprendre Buddhachannel Earth → explorer et rencontrer Les Voyageurs du Dharma → pratiquer et vivre l'expérience Buddhachannel est un projet indépendant. Soutenir Buddhachannel →

Approfondir l'étude

Poursuivez avec les racines étymologiques, le tableau des 21 langues et l'analyse selon les trois grands véhicules (Theravāda, Mahāyāna, Vajrayāna).

Document Source Officiel

Fiche d'archive révisée — Bienveillance — Mettā • Maitrī

Consultez ci-dessous la version canonique d'Alain Delaporte-Digard avec le tableau des 21 langues et les sources textuelles.

Télécharger le PDF

Encyclopédie : Bienveillance — Mettā • Maitrī

← Retour à l'encyclopédie