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« Grottes sacrées » : Dunhuang prend ses quartiers à Singapour

L’Asian Civilisations Museum reconstitue quatre grottes de Mogao, le grand site rupestre chinois inscrit à l’UNESCO, et met en scène un Bouddha couché de 13 mètres.

L’Asian Civilisations Museum reconstitue quatre grottes de Mogao, le grand site rupestre chinois inscrit à l’UNESCO, et met en scène un Bouddha couché de 13 mètres. Du jamais-vu en Asie du Sud-Est et une manière de raconter, à hauteur de visiteur, seize siècles d’art bouddhique sur la Route de la Soie.

DUNHUANG (Chine) – Sur la pelouse du Musée des civilisations asiatiques (ACM), une structure gonflable de six mètres de haut soutient la comparaison avec les arbres du voisinage. Le personnage a un sourire angélique, un drapé qui semble défier la gravité, et l’éclat un peu irréel d’une image de dessin animé. C’est une apsara — l’une de ces créatures célestes du panthéon bouddhique, mi-danseuses mi-musiciennes, que les textes associent aux fleurs et à la musique. Là où elles passent, dit-on, le nirvana sent bon.

Ces figures ont fini par se confondre avec Dunhuang, ville-oasis du nord-ouest de la Chine, posée aux portes du désert de Gobi, devenue l’une des destinations les plus courues du tourisme intérieur chinois.

Un fragment de cette ville aride s’expose désormais à Singapour. « Grottes sacrées : Dunhuang, le bouddhisme et la Route de la Soie », montée en partenariat avec l’Académie de Dunhuang — l’institution publique chinoise qui veille sur le site depuis 1944 —, s’annonce comme la plus vaste présentation des trésors de Dunhuang jamais organisée en Asie du Sud-Est.

Quatre grottes grandeur nature

Le cœur du parcours : quatre grottes reproduites à l’échelle, où le visiteur pénètre physiquement. Sculptures monumentales, peintures courant du sol au plafond, polychromie restituée — les fac-similés restituent l’expérience d’un sanctuaire taillé dans le grès tendre de la falaise, avec ses couloirs bas de plafond et sa pénombre. S’y ajoutent 22 peintures et 47 objets originaux, prêtés pour l’occasion. L’accrochage se tient jusqu’au 7 mars.

Les grottes de Mogao — près de cinq cents chambres creusées dans la façade des montagnes de Mingsha, à une vingtaine de kilomètres de la ville — demeurent méconnues hors de Chine. Leur nom signifie à peu près « le plus haut », ou « sans égal ». Dans les milieux savants, elles jouissent depuis longtemps d’une autre réputation : abriter quelques-unes des œuvres bouddhiques les plus éloquentes au monde.

Seize siècles de commandes

Le site est tout sauf un accident. Fondé vers 366 de notre ère par un moine errant, Yuezun, il a été creusé, repeint et agrandi pendant près de mille ans, au rythme des donations de marchands, de généraux et d’empereurs. Car Dunhuang n’était pas un bout du monde : c’était le péage de la Route de la Soie, le point où les caravanes venues de Samarcande et de Kachgar se séparaient pour contourner le Taklamakan, par le nord ou par le sud. On y priait pour la réussite du voyage, avant les dunes et les défilés.

De cette position stratégique est né un musée involontaire : quelque 45 000 mètres carrés de peintures murales, plus de 2 000 sculptures polychromes, et des centaines de manuscrits en chinois, tibétain, sogdien, ouïghour ou sanskrit. La « grotte de la bibliothèque », murée vers le XIᵉ siècle et redécouverte en 1900, a livré un corpus qui a renouvelé l’histoire des échanges entre l’Inde, l’Asie centrale et la Chine — avant que la plupart de ces pièces ne prennent le chemin des collections européennes.

Le paradoxe de la falaise

Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987, Mogao porte aujourd’hui un fardeau que ses commanditaires n’avaient pas anticipé : son propre succès. L’humidité des respirations, la lumière, le simple passage des foules attaquent des pigments millénaires. L’Académie de Dunhuang a donc instauré des quotas de visiteurs, des parcours minutés et une vaste campagne de numérisation — dont les fac-similés présentés à Singapour sont, en partie, l’aboutissement.

C’est là tout l’intérêt de l’exercice : voir les grottes sans les abîmer. Et, pour un public singapourien qui connaît mieux la Route de la Soie maritime que son versant terrestre, mesurer ce que la cité-État doit à ce corridor, et ce que le bouddhisme doit à un désert.

Par Alain Delaporte-Digard

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