58 années de recherche et de transmission
Depuis 58 ans, Aliénor et Alain Delaporte-Digard cheminent à la rencontre des philosophies, des pratiques corporelles et des traditions ancestrales. Leur parcours s’est construit dans la pratique, l’étude, l’enseignement et la recherche, avec une même question au cœur de leur démarche :
Comment rendre les bienfaits du yoga accessibles à chacun, quelles que soient son histoire, son âge ou ses capacités physiques ?
Au fil des années, ils ont étudié et enseigné de nombreuses approches du yoga : Hatha Yoga, Raja Yoga, yoga irano-égyptien, Oki Yoga japonais, ainsi que des pratiques adaptées aux femmes enceintes, aux enfants et aux familles. Ils ont également développé des expériences dans des contextes très variés : yoga à l’école auprès d’enfants vivant dans des environnements défavorisés, yoga en milieu hospitalier et en psychiatrie, ainsi que des pratiques destinées à des personnes ayant des besoins particuliers, nourries aussi du Qi Gong et du Taï Ji.
Leur travail repose sur une conviction née de près de six décennies d’expérience : la profondeur d'une pratique ne dépend pas de sa complexité. Une pratique peut être très simple et pourtant transformer profondément la manière dont nous habitons notre corps, notre souffle et notre esprit.
Une autre manière d'habiter le corps
Cette traversée de tant de formes ne les a pas conduits à chercher le meilleur yoga parmi les autres. Elle les a conduits à poser une question plus simple et plus radicale : qu'est-ce qui demeure lorsque l'on enlève au Yoga tout ce qui dépend de la performance, de la souplesse, de l'âge, de la force, de l'apparence et de la réussite ?
Que reste-t-il à celui qui ne peut pas se tenir debout ? Que reste-t-il à celui dont les articulations sont douloureuses, au vieillard dont les mouvements sont devenus lents, à la personne malade, à celle qui vit dans un fauteuil roulant, à l'enfant qui ne sait encore rien de la méditation ?
Il reste l'essentiel. Le corps qui respire. Et tant qu'il y a un souffle, il existe encore un chemin vers l'attention.
Le corps comme lieu de connaissance
Un geste minuscule peut contenir une immense découverte. Une main qui se lève lentement peut nous apprendre davantage sur nous-mêmes qu'une posture extraordinaire accomplie sans attention ; une expiration que l'on écoute véritablement peut ouvrir un espace intérieur que la volonté ne pouvait atteindre.
Notre peau, nos muscles, nos articulations, nos viscères et l'ensemble de nos systèmes sensoriels sont en dialogue incessant avec notre système nerveux. Avant même que nous sachions dire « j'ai peur », le corps peut déjà s'être contracté. Avant même que nous sachions dire « je suis apaisé », la respiration peut déjà s'être transformée. Le corps n'est donc pas seulement l'instrument de notre pensée : il est aussi l'un de ses grands lieux de connaissance.
Les mots anciens comme des fenêtres ouvertes
Les mots sanskrits ou pālis ne sont pas là pour dresser une frontière entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ; ils sont là comme des fenêtres que l'on peut ouvrir :
- Sati devient l'attention.
- Śānti devient la paix.
- Mettā devient la bienveillance.
- Karuṇā devient la compassion.
- Anicca devient cette découverte très simple que toute sensation apparaît, change et disparaît.
La question essentielle
Parce que le Yoga n'est pas dans la posture - le Yoga commence lorsque nous sommes présents à ce que nous vivons - le Yoga Sati Śānti ne demande pas : « Jusqu'où pouvez-vous aller ? »
Il demande plutôt : « Pouvez-vous sentir où vous êtes ? »
Car lorsque nous cessons de vouloir vaincre le corps, nous pouvons commencer à l'écouter ; lorsque nous cessons de vouloir dominer le souffle, nous pouvons commencer à le recevoir ; lorsque nous cessons de vouloir faire taire le mental, nous pouvons commencer à le comprendre.