Une éducation de la perception
Il y a dans notre existence une étrange disproportion entre tout ce que nous avons appris à connaître du monde et tout ce que nous avons laissé dans l’ombre de nous-mêmes. Nous avons appris l’écriture, le langage, le calcul, les mathématiques et tant d’autres choses. Et pourtant il arrive que nous traversions notre propre vie sans avoir véritablement appris à écouter ce qui se passe dans notre corps, sans avoir reçu les premiers rudiments d’une véritable éducation de la perception.
Avons-nous réellement appris à respirer lorsque nous étions enfants ? Nous a-t-on appris à reconnaître la sensation de l’air lorsqu’il franchit les narines, sa fraîcheur presque imperceptible au contact des muqueuses nasales, la manière dont une émotion modifie silencieusement notre souffle, ou encore ce moment où nous découvrons que respirer peut devenir non plus un geste que nous accomplissons, mais un phénomène qui nous habite ?
Cette question est au cœur du Yoga Sati Śānti : que reste-t-il du Yoga lorsque le corps ne peut plus correspondre à l’image que nous nous en faisons ? Yoga Sati Santi s’adapte à tous les âges : un chemin lumineux pour les enfants, un soutien pour la personne âgée, pour celle ou celui qui souffre physiquement ou psychologiquement, ou qui vit avec un handicap ou en fauteuil roulant.
Le Yoga de la visualisation : de l'espace corporel à l'espace du ciel
Une pièce est généralement perçue à travers les objets qui la remplissent : les murs, la table, les chaises, les livres. Mais il suffit de changer légèrement notre manière de regarder pour découvrir que ce qui rend cette pièce habitable n’est pas seulement ce qui l’occupe, mais aussi une condition invisible : l’espace entre tous ces objets.
Cet espace n’a pas de prix, il ne se possède pas, et cependant il rend possible tout ce qui est là. Notre propre vie intérieure est elle aussi remplie de sensations, souvenirs, émotions et pensées, tandis que nous demeurons moins attentifs à cet espace discret entre elles - dans lequel une pensée peut apparaître sans être immédiatement suivie, et une émotion ressentie sans devenir automatiquement une réaction.
Voir l’espace libre, c’est déjà commencer à éprouver la liberté. Cette liberté ressemble davantage à une porte entrouverte qu’à une conquête, à une seconde de silence dans laquelle nous découvrons que nous pouvons regarder ce qui nous traverse sans être immédiatement emportés par lui.
Faire voyager l'attention : sous le seuil de l'évidence
Le Yoga Sati Śānti cherche à descendre vers les perceptions les plus fines. Une main peut se déplacer de quelques millimètres. Une épaule peut se relâcher sans que personne ne s’en aperçoive. Le corps peut sembler immobile tandis que, dans la conscience, une véritable exploration commence : l’attention peut voyager depuis le sommet du crâne vers le visage, la gorge, la poitrine, l’abdomen, le bassin, jusqu'aux pieds.
Inspirer devient recevoir. Expirer devient rendre. À chaque respiration, quelque chose de l’extérieur devient momentanément notre intérieur, puis retourne vers l’extérieur. Nous sommes des êtres terrestres, telluriques - le fer de notre sang, le calcium de nos os, le carbone de nos cellules ont une histoire plus ancienne que notre naissance - et nous sommes également des êtres cosmiques.
De l'infiniment délicat à l'immensément grand
Tout commence avec une sensation presque invisible : un souffle, une narine, une parcelle de peau, un mouvement minuscule, un espace entre deux pensées. Puis l’attention s’élargit au corps tout entier, à la pièce, au ciel, à la Terre et à l'immense profondeur cosmique.
La liberté n'est pas toujours ce que nous ajoutons à notre existence : elle peut être l'espace que nous apprenons enfin à voir.